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Autres réflexions sur les tables CPM2024 : Tenir compte de la COVID-19

Les tables de mortalité des retraités canadiens 2024 (CPM2024) récemment publiées sont calibrées en fonction des données sur la mortalité des retraités couvrant les années 2011 à 2021. Elles intègrent donc la période de la pandémie de COVID-19, durant laquelle les taux de mortalité au Canada ont été particulièrement élevés.

Dans cet article, nous examinons les différentes approches que les actuaires peuvent adopter pour tenir compte de l’expérience de la pandémie lors de la calibration de la mortalité de base. Nous comparerons l’approche de l’étude à celle utilisée dans les plus récentes courbes VitaCurves de Club Vita, et certaines considérations importantes quant à l’utilisation de tables de mortalité couvrant la période de la pandémie.

Répercussions de la COVID-19 au Canada (population générale)

Graphique à barres sur la surmortalité au Canada (2020–2023) chez les personnes de 60 à 95 ans, comparant hommes et femmes. La surmortalité culmine en 2022 (112 % hommes, 109,1 % femmes) et est plus faible en 2021 (105,1 % hommes, 101,9 % femmes), avec des niveaux intermédiaires en 2020 et 2023.

Dans une de nos dernières Illustrations préférées, nous avons souligné que le Canada a enregistré des niveaux de mortalité élevés au sein de la population entre 2020 et 2023. La surmortalité a atteint un sommet en 2022, mais 2023 a tout de même affiché un nombre de décès plus élevé que celui attendu, autant chez les hommes que chez les femmes. Les données provisoires laissent aussi croire que la surmortalité s’est poursuivie en 2024, bien qu’à un niveau inférieur à celui de 2023.

Définir la surmortalité

Tout calcul de surmortalité nécessite un certain nombre de décisions subjectives pour définir le nombre de décès attendus, qui sera ensuite comparé au nombre de décès réellement enregistrés sur une période donnée. 

Par exemple, les données de surmortalité de la population présentées ci-dessus reposent sur le nombre de décès attendus chaque année, estimé à l’aide des taux de mortalité par âge provenant des tables de mortalité 2017-2019 de Statistique Canada1.  Ces taux de mortalité ont été projetés à l’aide de l’échelle d’amélioration MI-2017, puis appliqués aux expositions annuelles de la population2 pour calculer les décès attendus. Nous avons ensuite comparé la mortalité attendue standardisée selon l'âge à la mortalité observée standardisée selon l’âge3 pour chaque année. Cette méthode tient compte des variations de la taille de la population et de sa structure par âge pour chaque année, assurant ainsi que les estimations de surmortalité réflètent les véritables changements dans les schémas de mortalité.

Différentes méthodologies peuvent produire des estimations différentes de la surmortalité, selon les hypothèses retenues sur les tendances de mortalité, ainsi que la période de référence et les données utilisées. Par exemple, si nous avions plutôt utilisé l’échelle d’amélioration MI-2024 dans les calculs ci-dessus, nous aurions obtenu des niveaux de surmortalité plus élevés.
 

Tenir compte de la surmortalité dans la calibration des tables de mortalité

Lorsque les tables de mortalité de base sont calibrées sur des périodes incluant les années de pandémie et la surmortalité qui en découle, deux approches peuvent être envisagées :

  • Ne procéder à aucun ajustement, de sorte que les taux de mortalité plus élevés observés soient intégrés aux tables de base résultantes; ou
  • Retirer la surmortalité afin d’obtenir des tables de base avec des taux de mortalité plus faibles, qui ne reflètent pas entièrement l’expérience pandémique. 

La première approche, qui consiste à ne faire aucun ajustement, est la plus objective. Toutes choses étant égales, cette approche produira des tables de mortalité de base plus « lourdes », ce qui entraînera une espérance de vie plus faible et des passifs de régime moins élevés. Si l’on considère que la hausse de mortalité observée durant la pandémie était temporaire, cette approche risque de produire des taux de mortalité qui ne sont pas représentatifs de l’expérience future.  

La seconde approche est intrinsèquement plus subjective, puisqu’elle exige de prendre des décisions à la fois sur la façon de mesurer la surmortalité (comme indiqué précédemment) et sur la meilleure manière d’ajuster les taux de mortalité afin d’éliminer la surmortalité définie.

Les deux approches présentent des avantages dans des circonstances différentes. L’approche la plus appropriée dépendra donc de l’utilisation prévue des tables de mortalité, comme il est expliqué ci-dessous. Les nouvelles tables CPM2024 et la plus récente version du modèle multifactoriel de mortalité de base VitaCurves de Club Vita ont été calibrées à partir de données couvrant une partie de la période de la pandémie de COVID-19. Elles comprennent également des versions dans lesquelles la surmortalité liée à la COVID-19 a été retirée des taux de mortalité publiés. Nous discutons de ces approches plus en détail ci-dessous.

Approche adoptée pour les courbes VitaCurves CV24

La version la plus récente des courbes VitaCurves canadiennes de Club Vita (CV24) a été calibrée sur les données de 2020 à 2022, incluant ainsi la période initiale de la COVID-19. Nous avons mis à disposition deux versions distinctes des courbes VitaCurves canadiennes CV24 :

  • les courbes VitaCurves « statu quo », élaborées selon le processus habituel, sans ajustement pour la surmortalité liée à la COVID-19;
  • les courbes VitaCurves ajustées, dans lesquelles des ajustements ont été appliqués afin de « retirer » la surmortalité.

Nous avons défini le niveau de surmortalité observé dans les données de Club Vita pour chaque année de 2020 à 2022 comme le ratio des taux de mortalité réels ajustés selon l’âge par rapport à ceux prévus, calculé à partir des données de Club Vita pour chaque année (les taux « prévus » reposent sur la projection des taux de mortalité ajustés de 2017 à 2019 selon les taux d’amélioration de la mortalité de l’échelle MI-2017).

Les niveaux de surmortalité que nous avons calculés dans les données Vita pour chacune des trois années de la période de calibration sont illustrés ci-dessous.

Surmortalité (60 à 95 ans)

2020

2021

2022

Hommes

2,6 %

3,4 %

8,3 %

Femmes

6,3 %

4,2 %

8,4 %

Bien que les niveaux de surmortalité soient généralement inférieurs à ceux observés dans la population canadienne générale, nous constatons une tendance similaire, avec une surmortalité plus élevée en 2022.

Nous avons converti ces niveaux de surmortalité en facteurs d’ajustement, que nous avons ensuite appliqués afin de retirer notre estimation de la surmortalité attribuable à la COVID-19 des courbes VitaCurves « statu quo », ce qui nous a permis d’obtenir les courbes VitaCurves ajustées.
 

Approche adoptée pour CPM2024

Dans le projet de recherche sur la mortalité des retraités canadiens de 2024, ils ont adopté une approche réfléchie de l’expérience de la pandémie, en intégrant le premier pic de mortalité lié à la pandémie de COVID-19 dans le modèle, tout en veillant à ce que cette surmortalité soit exclue des tendances de base graduées. 

Cela a été réalisé en identifiant d’abord les variations saisonnières des taux de mortalité (les décès étant généralement plus élevés durant les mois d’hiver et plus faibles pendant l’été). Ainsi, les modélisateurs ont ensuite pu isoler la surmortalité résiduelle par rapport aux variations saisonnières attendues par le modèle. Ce processus a permis d’identier un pic de mortalité en avril/mai 2020 lié à l’impact initial de la COVID-19 (un pic supplémentaire observé en décembre 2020 et janvier 2021 a été examiné, mais n’a finalement pas été considéré comme lié à la COVID-194).

Bien que les tables CPM2024 aient été calibrées sur la période de 2011 à 2021 (excluant ainsi 2022, l’année la plus marquée par la pandémie au Canada), elles ont été projetées jusqu’à une date d'effet de janvier 2024, après avoir d’abord isolé l’incidence de la pandémie sous la forme du pic observé au printemps 2020. 

Les tables CPM2024 définitives sont donc conceptuellement semblables aux courbes VitaCurves ajustées de Club Vita, puisque la surmortalité a été retirée des taux gradués.

Tenir compte de l’utilisation prévue

Pour déterminer s’il est préférable d’utiliser une table de base incluant la mortalité liée à la COVID-19 ou une table dont la surmortalité a été retirée, il est essentiel de tenir compte de l’objectif de l’analyse.

À titre d’exemple, dans l’évaluation des passifs d’un régime, une table de base ne tenant pas compte de la surmortalité pourrait être considérée comme plus appropriée, surtout lorsqu’elle est utilisée avec une échelle d’amélioration calibrée à partir de données prépandémiques (comme CPM-B, MI-2017 et MI-2024). 

À l’inverse, dans le cadre d’une analyse d’expérience incluant les années de pandémie : 

  • Utiliser une table de base dont la surmortalité a été retirée (p. ex. : CPM2024 ou courbes VitaCurves ajustées)

    L’utilisation d’une table de base excluant la surmortalité peut produire des résultats trompeurs pendant les années de pandémie, à moins que des ajustements soient apportés aux décès attendus ou observés afin de refléter les niveaux de mortalité plus élevés observés.

    C’est notamment le cas lors de la réalisation d’une analyse d’expérience à partir des tables CPM2024. Les récentes lignes directrices de l’ICA soulignent l’importance d’évaluer séparément les années de pandémie et d’éviter les ajustements mécaniques sans tenir compte de l’expérience propre au régime.

  • Utiliser une table de base intégrant la surmortalité (p. ex., courbes VitaCurves « statu quo ») 

    L’utilisation d’une table de base intégrant la surmortalité peut produire des résultats trompeurs pour les années prépandémiques et postpandémiques. De plus, la surmortalité intégrée pourrait ne pas refléter adéquatement le profil sous-jacent d’un régime donné, en particulier pour les régimes présentant une forte concentration géographique; des ajustements supplémentaires pourraient donc être nécessaires.

Interaction avec les échelles d’amélioration

En plus des considérations relatives aux tables de base, il faut également prendre en compte la manière dont celles-ci interagissent avec les échelles d’amélioration choisies pour projeter les taux de mortalité dans le futur (et dans le passé, notamment dans une analyse d’expérience). Encore une fois, il demeure essentiel de tenir compte du contexte d’utilisation.

Notre prochain article d’analyse approfondie sur les tables CPM2024 portera sur les considérations relatives à l’utilisation des tables de base CPM2024 avec différentes approches de construction des échelles d’amélioration.

1Statistique Canada Tableau 13-10-0114-01, Espérance de vie et autres éléments de la table complète de mortalité, estimations sur trois ans, Canada, toutes les provinces sauf l’Île-du-Prince-Édouard

2Human Mortality Database (HMD). Max Planck Institute for Demographic Research (Allemagne), Université de Californie à Berkeley (États-Unis) et Institut national d’études démographiques (France). Disponible à l’adresse mortality.org (données téléchargées le 10 septembre 2025).

3Normalisation selon l’âge effectuée en utilisant la structure de la population du recensement de la population canadienne de 2021.

4Son ampleur a été jugée comparable aux pics hivernaux antérieurs liés à la grippe (par exemple en 2013, 2015 et 2018) et ce pic a été suivi d’un mois de février 2021 caractérisé par une mortalité exceptionnellement faible. Par conséquent, il a été déterminé qu’aucun ajustement distinct lié à la COVID-19 n’était requis.
 

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