Question :
Les adultes au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni dorment-ils suffisamment ?
Réponse :
Les gouvernements des trois pays recommandent entre 7 et 9 heures de sommeil pour les adultes (plus pour les enfants et moins pour les personnes âgées). Les résultats des sondages menés dans chaque pays révèlent qu'entre 26 % et 38 % des personnes n'atteignent pas ce niveau.
Nos recherches montrent que les adultes au Royaume-Uni sont plus susceptibles de déclarer un sommeil insuffisant que leurs homologues en Amérique du Nord. En revanche, les adultes au Canada semblent bénéficier d’un meilleur sommeil. Le graphique ci-dessous montre le pourcentage d'hommes et de femmes dans chaque pays qui déclarent dormir moins de sept heures.1,2,3,4
1 Les données canadiennes sur le sommeil sont tirées de l'enquête ESCC de 2020 compilée par Statistique Canada : Le sommeil chez les adultes canadiens : conclusions tirées du module de réponse rapide sur le mode de vie sain de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2020
2Les données américaines proviennent du CDC Behavioral Risk Factor Surveillance System (BRFSS), 2022. FastStats: Sleep in Adults | Sleep | CDC
3 Les données britanniques proviennent de l’étude de YouGov de https://yougov.com/en-gb/articles/42957-yougov-sleep-study (les données de l’ONS n'étaient pas disponibles)
4 Les études et sondages utilisés présentaient toutes des tailles d'échantillon et des méthodologies différentes. Elles se déroulaient sur des périodes légèrement différentes et comportaient différentes combinaisons de région, de genre, d'âge et de type d’emploi. Toutes les études se sont appuyées sur des résultats auto-déclarés et des routines qui sont intrinsèquement subjectives. Différents sondages montreront probablement des taux différents de troubles du sommeil.
Le graphique ci-dessus montre que les adultes au Royaume-Uni et aux États-Unis sont les moins susceptibles de respecter les recommandations sur le sommeil. Les femmes britanniques et les hommes américains en particulier ont du mal à dormir suffisamment. En revanche, les Canadiens semblent bénéficier d’un meilleur sommeil. Nous observons aussi que les hommes en Amérique du Nord sont moins susceptibles que les femmes de dormir au moins sept heures par nuit.
L'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) contient également des données socioéconomiques intéressantes. Les résultats ont montré que, bien que les personnes appartenant au quintile de revenus le plus élevé soient plus susceptibles de respecter les recommandations sur le sommeil, le nombre moyen d'heures de sommeil rapporté chez les individus appartenant au quintile de revenus le plus bas était plus élevé.1 De plus, les données démontrent que les Canadiens et les citoyens britanniques âgés de 65 ans et plus sont moins susceptibles que leurs homologues plus jeunes de dormir suffisamment. Pourtant, les Américains de 65 ans et plus sont plus susceptibles de déclarer au moins sept heures de sommeil comparativement aux jeunes Américains.1,2,3
Les données de l'étude de YouGov révèlent qu'entre 59 % et 68 % des adultes déclarent avoir de la difficulté à s'endormir. Encore une fois, les Canadiens ont rapporté de meilleurs résultats, 59 % des adultes étant d'accord que s'endormir est difficile. La proportion de personnes aux États-Unis et au Royaume-Uni déclarant avoir de la difficulté à s'endormir était de 67 % et 68 %, respectivement. L'insomnie chronique est aussi une préoccupation majeure. Des enquêtes menées au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni montrent qu'entre un douzième et un sixième des personnes ont reçu un diagnostic d'insomnie clinique. Le problème est pire en Amérique du Nord, où 13 % des Canadiens et 15 % des Américains ont reçu un diagnostic d'insomnie clinique.
Le graphique ci-dessous montre le lien entre la durée du sommeil et la mortalité.5
5 Association of sleep duration with all-cause and disease-specific mortality in US adults | Journal of Epidemiology & Community Health. Yang L, Xi B, Zhao M, et al Association of sleep duration with all-cause and disease-specific mortality in US adultsJ Epidemiol Community Health 2021;75:556-561.
L'étude dont ces données ont été tirées considérait sept heures de sommeil comme le nombre d'heures « optimal » de référence. Comme on pourrait s'y attendre, les personnes qui dorment régulièrement quatre heures ou moins ont connu une mortalité toutes causes confondues plus élevée (de 46 %). La courbe en U montre que dormir trop ou trop peu est associé à un risque de mortalité élevé. Étonnamment, le risque de mortalité le plus élevé est observé avec un sommeil excessif, défini comme 10 heures ou plus de sommeil (8 à 9 heures sont définies comme « sommeil prolongé », 7 comme « optimal » et <7 comme « insuffisant »). Cependant, le lien de cause à effet est sujet à interprétation. Un sommeil prolongé ou excessif cause-t-il une mauvaise santé et une mortalité plus élevée ? Ou bien les personnes en moins bonne santé ont-elles tendance à dormir davantage ? La nécessité de revoir les recommandations gouvernementales sur le sommeil (actuellement 7 à 9 heures pour les adultes en âge de travailler) dépendra de la réponse à cette question de cause à effet.
L'étude a rapporté des ratios de risque similaires pour des causes spécifiques de décès telles que le cancer et les maladies cardiovasculaires. Ces résultats confirment les connaissances médicales établies qui relient le manque de sommeil à divers problèmes de santé, notamment, la réduction des fonctions cognitives, les maladies cardiovasculaires, le diabète, la dépression et la diminution de la fonction immunitaire.1,5
Points clés :
- Entre un quart et deux cinquièmes des adultes au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni déclarent dormir insuffisamment.
- La plupart des adultes dans ces trois pays déclarent avoir de la difficulté à s'endormir.
- Les taux d'insomnie sont élevés dans les trois pays et ne montrent aucun signe d'amélioration.
- Les données au Canada et aux États-Unis montrent des tendances différentes chez les adultes de 65 ans et plus. Les retraités canadiens et britanniques sont moins susceptibles de respecter les recommandations de sommeil, tandis que les adultes américains âgés de 65 ans et plus sont plus susceptibles de déclarer un sommeil adéquat.
- La recherche montre une corrélation entre une mortalité plus élevée et le fait de dormir trop ou trop peu.
Les questions clés sont :
- Pourquoi le pourcentage d'adultes qui dorment insuffisamment est-il si élevé dans les trois pays étudiés ?
- Y a-t-il un fort désir de modifier les différents facteurs de mode de vie qui contribuent à la quantité et à la qualité du sommeil que nous avons ?
- Une percée médicale majeure réduira-t-elle considérablement l'incidence de l'insomnie et de l'apnée du sommeil ?
- La technologie moderne peut être utilisée pour surveiller la qualité du sommeil tout en nuisant au sommeil. L'impact net de la technologie sur le sommeil est-il positif ou négatif ?
- Comment les habitudes de sommeil influenceront-elles les tendances futures de longévité parmi différents groupes d'âge et classes socio-économiques ?